Le système électrique
Les énergies renouvelables sont par nature intermittentes et distribuées, ce qui tranche radicalement avec les modes
de production, de distribution et de consommation des systèmes électriques
actuels. D'autre part, la production d'électricité est un sujet largement
plus complexe aujourd'hui que dans les années 1980, quand une grande
partie du parc nucléaire français a été construit. Les usages de l'électricité sont différents, la construction et le financement des réacteurs nucléaires
sont plus difficiles qu'à l'époque, et les chaînes d'approvisionnement
dépendent d'un contexte géopolitique de moins en moins stable.
Ainsi, le réseau électrique français et européen traverse depuis
plusieurs années une profonde mutation, qui
s'opère de façon plus ou moins volontaire suivant les entreprises et
les secteurs. Si l'ouverture du marché de l'électricité dans les
années 2000 a induit des effets négatifs et un surcroît de complexité, elle a aussi ouvert un
champ d'expérimentation qui permet à des acteurs comme Coturnix
d'expérimenter à l'échelle d'une commune le
fonctionnement du réseau électrique de demain. Ces
expériences sont cruciales, parce que l'énergie mêle de nombreux
domaines scientifiques tels que l'informatique, l'économie ou encore
la sociologie, et qu'il est difficile de mélanger ces notions de
façon purement théorique.
L'informatique
Chez Coturnix, nous pensons qu'une grande partie de cette
transformation peut être portée localement, grâce à une stratégie informatique, où «l'informatique» signifie l'étude des
systèmes qui échangent et organisent l'information, ce qui est très
loin de se limiter aux seuls ordinateurs. Par exemple, on peut voir
les marchés de l'électricité (même locaux) comme des algorithmes qui visent à optimiser certaines valeurs en respectant des contraintes.
Cette optimisation est «calculée» collectivement par les participants au marché eux-mêmes via leurs stratégies, et non par des ordinateurs.
Notre travail consiste à établir des règles du jeu pour «programmer»
ces marchés, c'est-à-dire pour que les participants maximisent certaines
métriques (par exemple le taux d'autoconsommation ou la valeur économique
totale produite).
La juste place du numérique
Une conséquence assez directe de ce qui précède est qu'il est
possible de faire de l'informatique au meilleur niveau tout en
laissant le numérique (ordinateurs, téléphones…) s'effacer. C'est
notre pari: utiliser la technique pour résoudre des problèmes
techniques permet de laisser le temps aux humains de se concentrer sur les questions humaines, qui ne
manquent pas dès que l'on partage une ressource.
Dès le début du projet Coturnix actuel en 2021, nous avons tenté
d'imaginer un système «informatique» qui pourrait fonctionner dans
un contexte de fracture numérique. Nos travaux de recherche avec des
sociologues nous ont aussi indiqué un rapport très genré à
l'électricité et aux outils numériques, que nous avons choisi de
contrer radicalement en rendant presque toutes les interactions
numériques optionnelles.
Paradoxalement, cette démarche nous a forcé à concevoir une
technologie encore plus avancée, pour libérer au
maximum nos utilisateurs d'interactions numériques et résoudre leurs
problèmes sans avoir besoin de capter leur attention. Nous avons
ainsi dû imaginer des stratégies pour éviter d'avoir
à déployer des armées d'objects connectés, ou encore pour minimiser les
interactions avec notre site internet. Dans un monde où le temps de cerveau
est une resource exploitable comme une autre, ou les «IoT», les «IA»
et autres «cryptomonnaies» sont sur toutes les lèvres, ce genre d'approche
n'est bien sûr pas évident à faire financer.
Mais après tout, n'est-ce pas ce que l'on appelle parfois l'indépendance ?
Pierre-Étienne a travaillé 15 ans comme chercheur
universitaire, sur des thématiques liées au calcul asynchrone, notamment
le calcul moléculaire et les structures de données pour le travail
collaboratif. Il est normalien (ENS Lyon) et docteur en théorie de
l'informatique.
Michel a passé 25 ans dans l'industrie et son automatisation
(Placoplâtre, Siemens), avant de créer un bureau d'études en énergie
du bâtiment, qui a notamment conçu le confort thermique du refuge
du Goûter.
Pierre a dirigé de grandes entreprises (Faiveley
Transport, Compin) pendant une grande partie de sa carrière, avant
de s'intéresser à l'énergie depuis quelques années. Il est centralien
(Paris) et docteur en métallurgie.
Benoît a 10 ans d'ingenierie derrière lui dans les
entreprises les plus innovantes de la tech, avant de se laisser séduire
par le défi de changer les usages de l'énergie.
Antoine a passé plus de 15 ans dans les agences
de publicité, avant d'aider les entreprise à changer leur façon de
produire pour limiter leur impact sur le monde.